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Risk In Situ: la prévention des situations de risques et de crises

Rapport Final

Synthèse et Conclusion (extraits)

Synthèse et Conclusion


Le projet de recherche s’est clôturé par un séminaire organisé le 5 novembre 2007 au Château de Penthes à Genève. Cette réunion rassemblait toute l’équipe du projet (Barbey, Cabasse, Darricau, De Conto, Duncan, Horekens, Lador, Leanza, November, Smali, Wamba) ainsi que des représentants des organisations impliquées dans la recherche, à savoir le  RUIG (M. Edouard Dommen et Mme. Laurence Mortier ; Genève), le secrétariat de la SIPC de l’ONU (Mme. Helena Molin-Valdes et M. Pedro Basabe ; Genève), l’OMS (Dr. David Heymann et Dr. Dominique Legros ; Genève), l’Association WESDE (M. Léopold Kemkeng ; Maroua), PROSENAT (M. Jacques Unkap ; Yaoundé), le BNGRC (Mme. Claire Rahasinirina ; Antananarivo) et Medair (M. Nicolas Crettenand ; Antananarivo). Le symposium d’une journée a consisté d’abord en une présentation de la recherche par l’équipe et ensuite en une discussion avec tous les participants.

Après la présentation de la recherche, une série de pistes ont été données pour lancer le débat. Celles-ci comprenaient des questions liées à la définition du risque, les intermédiaires socio-techniques dans la transmission de l’information, la diversité des canaux de circulation de l’information (formation, simulation, jeux de rôles) et l’importance des réseaux pour son appropriation (la « prise »), la symétrie de l’information (métaphores et traductions), le continuum dans la compréhension de l’information, etc. Ces diverses questions tissaient la toile de fond pour la discussion ouverte autour des trois terrains, qui s’est conclue par un essai de synthèse dont les éléments principaux sont repris ci-après.

Le choix de trois terrains très différents, tant par leur contexte institutionnel que leur localisation géographique, s’explique par l’intérêt de l’équipe à rechercher des éléments communs à la circulation de l’information dans des environnements divers. Les terrains de recherche, comme on l’a vu au cours de l’exposé de ce rapport, examinent des stades différents de la dissémination de l’information dans des situations de risque : la centralisation, la diffusion, et l’utilisation/transmission de cette information. Le groupe réuni pour le séminaire a reconnu que la recherche dans trois directions, avec la SHOC Room, la bibliothèque de terrain et le travail des deux ONG camerounaises montrait que, malgré les spécificités et les diversités verticales de chaque cas étudié (en termes de substance), de nombreux points communs existent si l’on considère ces recherches avec un regard horizontal (en termes de fonctionnalité).

Au vu de la discussion menée pendant le séminaire, on peut considérer comme essentiels les deux axes utilisés dans la méthodologie de la recherche sur les mouvements de l’information, à savoir la temporalité du risque (November) avec ses trois stades : avant, pendant, après ; et la « niche professionnelle » (Leanza) qui traite de l’interface entre le sujet et les diverses composantes de son environnement. Ces deux axes, en effet, fournissent des perspectives complémentaires quant aux dimensions essentielles de l’appréhension du risque : le temps et l’espace/environnement. Une superposition de ces deux approches méthodologiques aide à l’identification de tous les éléments nécessaires pour l’articulation d’une stratégie complète de communication et de dissémination de l’information.

Un certain nombre de points importants méritent un examen plus approfondi pour mieux cerner les caractéristiques de l’information à communiquer aux destinataires, ainsi que  les méthodes de transmission. Parmi eux, les suivants ont fait l’objet d’une attention particulière lors des discussions pendant le séminaire de clôture.

La définition du risque

La présente recherche offre un certain nombre de définitions du risque, qui toutes ont leur valeur pour le contexte dans lequel elles ont été formulées. D’une manière générale, on peut dire que le risque est habituellement un danger bien identifié associé à l’occurrence d’un événement ou d’une série d’événements parfaitement descriptibles, dont on ne sait pas s’ils se produiront mais dont on sait qu’ils sont susceptibles de se produire, avec une plus ou moins grande probabilité. On pourrait donc dire que le risque est un « pré-événement » dont la nature essentielle est d’être un danger potentiel. En conjonction avec la vulnérabilité de communautés et la transformation de l’aléa (élément potentiel) en réalité (élément réel), le risque conduit à la catastrophe. D’0ù l’intérêt de gérer le risque, de diminuer la vulnérabilité, et par conséquent, de réduire le potentiel de catastrophe. Les éléments d’incertitude et de probabilité apparaissent comme essentiels dans la définition.

L’importance de la définition du risque ne réside pas dans la formulation elle-même, mais dans l’acception commune de la définition par les personnes ou communautés concernées, de manière à pouvoir le gérer précisément avec cohérence et continuité. Il est donc essentiel de tenir compte des différences de perception selon l’environnement et la culture. Le langage du bio-médecin au Cameroun, lorsqu’il définit le risque, ne sera pas le même que celui du tradi-thérapeute, bien qu’il puisse s’agir d’un même aléa. La culture est différente, et la compréhension de l’information sera affectée par l’acception ou non de la définition. Il faut donc tenir compte du contexte ou de la « niche » dans la définition du risque.

Les formes et la circulation de l’information

L’information peut prendre des formes nombreuses et variées, et les récipiendaires de cette information doivent savoir ce qu’elle représente et doivent être préparés à la considérer comme pertinente dans le cadre de la préparation à l’éventualité d’un événement associé au risque. La notion de « prise » est, dans ce contexte, essentielle. L’information doit être comprise, intégrée par  les personnes auxquelles elle est destinée. Cette prise, lorsqu’elle a lieu, reflète une appropriation de l’information par la communauté, et la compréhension de l’information se fixe dans un continuum spécifique à la communauté, restreinte ou large.

La recherche montre que le type de message peut revêtir des formes diverses et que les messages peuvent être véhiculés différemment selon le contexte et le temps (avant, pendant ou après l’événement). La rumeur, par exemple, est une forme d’information rencontrée dans nombre de communautés, où elle porte une valeur tout à fait pertinente. Ainsi, l’analyse de l’information à l’OMS inclut la rumeur dans la détection du risque, lors de la recherche de l’événement susceptible de présenter une menace de santé publique. La langue et le langage sont évidemment des éléments cruciaux dans la validité et la portée de l’information.

Dans le cadre de la définition de l’information, il faut rappeler qu’elle n’est utile que dans la mesure où elle est communiquée. Une information qui n’est pas disséminée n’a pas de valeur pour la gestion du risque. Lorsque la matérialisation du risque se transforme graduellement en réalité, le succès de l’alerte précoce qui est donnée à une communauté, où la probabilité du danger augmente, se fonde, à la fois, sur l’élément d’information pertinente et de communication efficace. Il est essentiel de s’assurer que tous les stades de la gestion de l’information soient en symbiose, à savoir que l’information collectée soit vérifiée et avérée avant d’être diffusée.

Un élément additionnel utile dans l’appréhension de la circulation de l’information est la réaction à l’information (« feedback »), qui permet de juger de l’utilité de celle-ci et le cas échéant, de savoir si elle nécessite d’être modifiée, en substance ou dans sa forme, ou encore dans sa manière d’être diffusée. La question à poser, pour le gestionnaire du risque, est : « le message a-t-il été reçu, accepté et compris ? ».

Les cibles de l’information et la diversité des canaux de circulation

La compréhension de la « niche » est nécessaire pour déterminer les cibles de l’information. En effet, les personnes, objets ou institutions porteuses d’information doivent profiler le type d’information selon le contexte dans lequel elle circule et est reçue. L’environnement, la culture, la langue sont des éléments critiques à considérer pour la validité de l’information.

La séquence suivante peut être considérée comme une forme de continuum : traduction, métaphore, prise. La traduction est nécessaire pour que l’information soit transmise de son point d’origine aux destinataires. Ensuite, l’utilisation de métaphores assure que l’information est appropriée pour les personnes qui la reçoivent. Enfin, la prise exprime que l’information a été comprise par le récipiendaire. Cette transmission et diffusion de l’information, de son point d’origine aux points d’arrivée, se fait par une série de réseaux, dans lesquels participent une grande variété d’acteurs qui revêtent diverses fonctions en relation avec le type d’information : coordonateur, producteur, émetteur, transmetteur, opérateur…

L’information est transmise de différentes manières, selon les contextes et les cibles. Ceci peut être par la formation, par la simulation, par la transmission de rapports, par le théâtre ou par des jeux de rôles… Chaque forme est reconnue comme valable dans des contextes spécifiques, et est souvent indispensable pour que l’information soit véhiculée correctement.

Les intermédiaires socio-techniques jouent également un rôle important dans le succès de la circulation de l’information. La présence ou l’absence de certains supports de l’information ont des conséquences directes sur sa circulation, par exemple la pile pour la radio ou le mégaphone, ou le carburant pour le véhicule, ou encore le papier pour la diffusion d’information écrite. Le livre est un intermédiaire souvent utilisé, et forme la base du concept de la bibliothèque de terrain. D’autres supports tels que le réseau informatique et les  bases de données constituent le cadre de la collecte de l’information dans la centrale de l’OMS

Les résultats de la diffusion de l’information

Une question posée en fin de séminaire était celle de l’utilité de cette recherche pour les institutions et personnes impliquées dans la gestion du risque et donc dans la gestion de la formulation et de la diffusion de l’information dans les contextes de crise et les situations de risque. Quels sont les résultats que l’on peut espérer obtenir par une bonne circulation de l’information ? Selon les types de situations, la position dans le temps et les rôles joués par les différents acteurs, ceux-ci peuvent être la prévention de la catastrophe ou la résorption du risque, ou une meilleure préparation à la catastrophe (à venir dans un avenir proche ou lointain). A cet effet, il pourrait être utile d’établir un compendium de directives et conseils pour les praticiens de la gestion du risque.

Il est important aussi de considérer les liens entre donneurs d’information et récipiendaires, et dans la mesure du possible, éviter les disparités. La circulation de l’information doit être gérée à cet effet. Dans ce contexte, on peut parler parfois de contrôle de l’information, qui est assuré par l’autorité qui détient la source d’information (le pouvoir). Une centralisation excessive de l’information peut mener à des abus de la part de l’autorité (diffusion ou non de l’information, ou même manipulation). Il faut préconiser le regroupement de l’information pour une meilleure gestion et diffusion -- c’est l’objectif de la centralisation de l’information sanitaire dans la SHOC Room de l’OMS, par exemple -- plutôt que pour son contrôle.

Au terme de la discussion, il a été reconnu que pour obtenir des conditions favorables de la circulation de l’information, et donc réduire le potentiel de catastrophe représenté par le risque, les éléments suivants doivent être pris en compte, et faire partie d’une liste de pointage (« check-list ») à l’usage de ces praticiens :

    • S’accorder sur le type d’information
    • Comprendre l’environnement et assurer la prise de l’information
    • Définir les réseaux et les partenariats
    • S’accorder sur la cohérence des différents canaux de communication et définir les mécanismes de coordination
    • Gérer les moyens de communication
    • Eventuellement, décider de la nécessité ou non d’une régulation

Conclusion

Ces quelques commentaires reflètent les échanges que l’équipe du projet a eus avec les représentants des organisations concernées. Plutôt qu’une synthèse, ils sont un récapitulatif d’observations. La valeur de la discussion, outre les points de vue émis par les participants, est qu’elle a permis de rassembler les acteurs des trois terrains et d’aboutir à une reconnaissance des points communs dans la circulation de l’information dans les situations de risque et de crise. Ces remarques offrent une série de précisions sur les éléments sur lesquels il est utile, voire nécessaire ou même indispensable, de concentrer l’attention de ceux dont c’est la responsabilité de gérer les situations de risque et d’assurer une fluidité efficace de l’information. Elles pourront servir à la mise en place de systèmes de dissémination de l’information, en fournissant des conseils et directives à ces responsables. Un suivi immédiat du projet de recherche sera la formulation de telles directives (« guidelines ») sous forme d’un « guide des bonnes pratiques » à l’usage des praticiens de la prévention des catastrophes, mais aussi des réseaux de diffusion de l’information. Selon la formule utilisée par la SIPC : la prévention est l’affaire de tous.

Pour commander :

Il est possible de commander ce rapport complet auprès du Prof. Valérie November, EPFL, BP2131, CH-1015 Lausanne, valerie.november arrobase epfl.ch. ou Madame Huguenin luana.huguenin arrobase epfl.ch

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